Principales caractéristiques de la grammaire coréenne


Nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle à annoncer !

 A) La bonne nouvelle : la relative simplicité de la grammaire

1) Avant même d’aborder la grammaire en tant que telle, on signalera que l’alphabet coréen  (hangeul 한글) est un véritable alphabet fait de consonnes, voyelles et diphtongues, ce qui évite d’avoir à mémoriser des milliers d’idéogrammes chinois.

Inventé en 1443 et rendu public en 1446 par le roi Sejong pour rendre le savoir - réservé jusqu’alors à la classe aristocratique - accessible au peuple, l’alphabet est appelé à l’époque le Hunminjeongeum (훈민정음) qui signifie littéralement ‘les sons justes pour l’instruction du peuple’. « Notre langue diffère de la chinoise. C’est pourquoi les hommes et femmes innocents n’ont pas le moyen d’exprimer par écrit leurs idées. Ce qui m’a apitoyé. Alors j’ai inventé les 28 lettres que voici… ». Il est le seul alphabet dont le but et la théorie sont expliqués par la publication d’un livre. Ce livre a été inscrit au registre Mémoire du monde par UNESCO en 1997. C’est une création intellectuelle remarquable qui, à l’époque, a soulevé une farouche opposition de la classe la plus élevée (양반) parce qu’elle remettait en cause un système apparemment méritocratique, mais en réalité basé sur l’origine sociale (qui d’autre que les lettrés pouvaient apprendre les caractères chinois, appelés hanja?). On disait en effet qu’il était possible d’apprendre à lire et à écrire en hangeul en moins d’une demi-journée et c’est exact. Tant et si bien que son usage a été même interdit par un successeur de Sejong et que les documents officiels ont continué d’être écrits en hanja. Mais cet alphabet est devenu populaire dans les classes moyennes et auprès des femmes. Finalement, la réhabilitation fut effectuée en 1894 et au début du XXème siècle, les premiers journaux entièrement en hangeul ont été publiés.

Le hangeul est donc l’un des rares alphabets au monde qui a été inventé et conceptualisé dans la formation de ses lettres. Bien que le nombre de lettres soit un peu plus important que pour l’alphabet latin, le système de prononciation est plus simple qu’en français, et se rapproche du fonctionnement de l’allemand et du latin : sauf exception, tout ce qui est écrit se prononce et tout ce qui se prononce s’écrit.

2) Contrairement au français, la grammaire coréenne comporte assez peu de règles et des exceptions limitées et bien identifiées (notifications du ministère coréen de l'Éducation nationale n°88-1 et 88-2 entrées en vigueur le 1er mars 1989) ; si bien que la plupart des méthodes de grammaires comportent en fait une grande partie de ce que nous considérons en français comme des constructions idiomatiques.

L’autre « bonne nouvelle » est qu’il n’existe ni d’articles défini et indéfini et ni vraiment de genre en coréen, donc pas de système d’accords pour les adjectifs et les verbes. Le nombre de temps est par ailleurs beaucoup plus réduit qu’en français (4 contre 14). Le coréen n’est pas basé sur un système de déclinaisons, mais il est une langue « agglutinante », c’est-à-dire que certaines particules indiquent la fonction du mot dans la phrase. A la différence du français, ce sont elles qui déterminent la fonction des mots et non pas l’ordre des mots. Celui-ci est relativement libre, sauf le verbe à la fin de la phrase et les déterminants devant les déterminés. C’est assez pratique, et en général, la fonction des mots dans la phrase correspond assez bien au français même si l’ordre n’est pas le même (sujet, complément d’objet direct ou indirect, complément de nom, complément d’attribution, etc.). Ainsi, les verbes transitifs et intransitifs sont peu ou prou les mêmes dans les deux langues.  

B) La mauvaise nouvelle : la complexité lexicale du coréen


Le vocabulaire est difficile pour un francophone, car il ne s’agit pas d’une langue latine. Si de nombreux mots sont dérivés de l’anglais, il n’en reste pas moins que pour parler le coréen, il faut apprendre par cœur des milliers de mots parmi les 510 000 existants. Comme si cela ne suffisait pas, il existe un peu le même système qu’en français, dont les mots sont généralement d’origine soit latine, soit grecque : en coréen, il existe souvent des mots synonymes d’origine purement coréenne (25%) et d’autres d’origine chinoise (70%), le reste étant composé de mots d’origine étrangère. Il reste que le coréen est une langue à part entière dont l’origine n’est ni japonaise ni chinoise, et le grammairien Felix-Clair Ridel la classe dans la catégorie des langues tatares ; mais aujourd’hui encore son origine fait débat.

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